Pè,re & Moniale

Enseignements de la Moniale

dans les montagnes du Tibet Calligraphie du Vénérable Thich Nhat Hanh entre les champs de colza au Tibet Oriental

Accomplir une retraite spirituelle bouddhiste

Par la Moniale Davina Gelek Drölkar

 

Des personnes de plus en plus nombreuses cherchent à entreprendre un chemin spirituel. Les livres, les conférences, les stages et les formations présentent une abondance de formules au menu et à la carte des différentes traditions, y compris l’émergence de nouvelles voies. On s’y trouve mais on s’y perd aussi. Le discernement est de mise autant que la nécessité de bien comprendre ce qu’il en est d’un engagement spirituel. Le mot n’est pas trop fort, il nous est même familier puisque à chaque instant, nous nous engageons dans nos propres choix.

Lorsqu’un élan s’élève du plus profond de nous comme un puissant appel intérieur, il marque la venue du temps de la retraite. Nous sommes peut-être prêts à concrétiser nos espoirs de progression mais pour en être certains, nous devons prendre conscience de sens de ce chemin.

Un objectif élevé
Il existe différentes façons de suivre une retraite, celle dont il est question ici, présente les conseils et recommandations à suivre dans le cas d’une retraite traditionnelle bouddhiste inscrite dans le temps d’une à plusieurs semaines et exécutée en solitaire.
Une retraite spirituelle réunit l’espace et le temps propices à l’éclosion et au mûrissement des valeurs de l’esprit et du cœur. Le but n’est pas de prendre un petit temps de recul pour se ressourcer, se faire du bien et trouver par le moyen de la retraite, l’occasion d’être plus tranquille en s’éloignant des bruits du monde et des activités habituelles. Les raisons d’entrer en retraite sont tout autres et d’un ordre bien plus élevé.

Les trois raisons majeures
• La première est d’orienter notre esprit vers la juste motivation qui doit soutenir notre projet de retraite : nous engager dans cette voie par amour du Dharma (la voie de sagesse-compassion tracée par le Bouddha.) Autrement dit, nous voulons faire une retraite parce que notre cœur nous y pousse et que la simple idée de nous rapprocher de la nature sacrée, nous rend profondément et immédiatement joyeux. Nous savons qu’en effectuant cette démarche, nous nous ouvrons à l’amour des autres comme de nous-même.

• La seconde raison est le temps que nous accorde la retraite pour étudier correctement, réfléchir à l’adaptation des enseignements dans nos vies personnelles et la pratique régulière des différents aspects méditatifs.

• La troisième est d’exercer notre capacité à la transformation de notre être profond. Cela commence à s’accomplir lorsque, confronté à nous-même dans le retrait et le silence, le mental montre ses impatiences, ses exigences et son désordre. C’est là notre terrain de jeu spirituel, là où nous allons agir en toute conformité avec nos aspirations à devenir plus détaché, plus concentré et surtout moins agité. Un gros travail s’annonce, celui de toute retraite sérieusement menée.

Le sens
La retraite possède le pouvoir de protéger l’esprit en le tenant éloigné des ­préoccupations ordinaires. Mise au grand jour de la conscience devenue plus claire par l’engagement du retrait, la vérité de la nature authentique dévoile les mensonges qui emprisonnent la liberté du moi intérieur. Ce constat est le point crucial du sens de la retraite. Ce n’est que par la reconnaissance de la manipulation de l’ego dont ­l’esprit est le jouet, qu’il est possible sur la base de la paix en soi, d’avoir la force et le courage de s’améliorer. Sans s’être donné la possibilité de se retirer loin du tumulte habituel, l’esprit reste noyé dans l’eau trouble des confusions dont il n’a même pas conscience. Privé de distractions mondaines qui le sollicitent sans cesse, l’esprit ­commence par se détendre jusqu’à se lisser, semblable aux eaux des lacs pures et transparentes.

L’importance
Décider d’accomplir une retraite digne de ce nom, c’est créer un potentiel d’énergie favorable à la suite de l’entreprise. Un certain nombre de points sont à respecter lorsque que l’on décide de suivre une retraite dont le principal est de se couper de toutes sources de distractions. Pas de télévision, de bavardages téléphoniques, de­ ­relation rapprochée avec son portable, de rencontres entre amis, de rendez-vous ­professionnels et même d’échanges familiaux. Pour les personnes qui vivent en couple, les relations sexuelles seront interrompues le temps de la retraite et les échanges réduits au strict minimum. L’alcool et le tabac sont bien entendu proscrits et les repas seront pris à heures régulières et de manière frugale. Pourquoi cette ascèse ?
Faire une retraite signifie se retirer de l’ignorance, soit cet état d’être soumis à la préoccupation de soi en dépendance avec le désir/attachement. La retraite nous éloigne de l’ignorance par une occupation de l’esprit différente. La méditation, le silence, vont ouvrir en nous la capacité de comprendre notre existence de manière plus ouverte vers l’intériorité, nous rendre plus réceptif à la joie spirituelle et surtout diminuer la saisie égocentrée de notre identité (moi/je). Nous comprendrons par l’expérience.

L’expérience
La retraite met en évidence les Trois principaux aspects de la voie bouddhiste
1.  Le Renoncement : renoncer aux tendances négatives générées par les poisons de l’esprit : colère, orgueil, vanité, désir-attachement compulsif et névrotique, tous étant reliés à l’ignorance fondamentale de la nature véritable de l’être.

2. La Bodhicitta : L’aspiration d’engagement et la réalisation ultime de l’amour-compassion inconditionnels jusqu’à vouloir accomplir le bien des autres avant notre propre bien.

3 – La Sagesse : Compréhension par l’étude, la réflexion et l’attention, du concept de vacuité et la réalisation de cette compréhension au travers de l’expérience méditative.

Le Renoncement protège l’esprit de l’attachement névrotique, la Bodhicitta protège l’esprit du chérissement de soi (auto-préoccupation exacerbée) et la Sagesse protège l’esprit de l’ignorance.
L’expérience de la retraite permet de tenir ses corps-parole-esprit éloignés des sources de souffrances.

Avantages de la pratique
Le lâcher prise est synonyme de retraite. La pratique favorise l’abandon des ­comportements ordinaires et libère une vague de paix et de satisfaction qui se ressent immédiatement. La réponse aux attentes est donnée. Les pensées mondaines ­s’estompent progressivement et c’est pour laisser le temps faire son œuvre bénéfique qu’une retraite s’inscrit dans une certaine durée. Tant que l’esprit fonctionne sur la base de son fonctionnement habituel distrait et perturbé par toutes sortes de pensées et d’insatisfactions, aucune pratique, récitation de mantras, prières, invocations, méditations, n’aboutiront dans le sens du rassemblement des mérites, et ceci, tant que le désir-attachement au soi et aux conditions ordinaires de l’existence perdure. Aucun bénéfice spirituel ne pourra se manifester tant que le comportement ne subira pas une transformation radicale. C’est donc bien cela qu’il faut comprendre, le Dharma est la source de tous les bienfaits mais la source ne peut pas se mélanger aux eaux troubles et polluées. Et il ne faut pas se leurrer, nous avons beaucoup à faire ! Une fois l’esprit libéré du désir-attachement, la pratique du Dharma conduit avec ­succès vers l’Éveil.

Accomplir une retraite, c’est dompter son esprit 
et œuvrer à la paix du monde.

 Principes à respecter au cours d’une retraite
• Trois repas par jour en prenant soin de se nourrir de manière frugale ­principalement le soir
• Ne pas manger entre les repas
• Renoncer aux parures, ornements et parfums
• Proscrire toute prise de toxiques, tabac, alcool
• Aucune activité sexuelle
• Renoncer à la préoccupation de soi.
• Vivre ce temps de retraite en toute simplicité d’être et d’avoir en restant éloigné de toute source mondaine, peu de contacts avec le monde si ce n’est l’absolu nécessaire.
• Limiter les conversations téléphoniques à l’urgence.
• Pas de bavardages futiles, le silence est de mise.
• Pas de télévision, de magazines, de voyages ou de sorties d’agréments.

Se souvenir des paroles du Bouddha : “Votre progrès spirituel dépend de la qualité de votre esprit, de sa stabilité émotionnelle, de votre régularité dans la pratique. Ne mélangez pas les pensées ordinaires à vos aspirations d’Éveil. Restez concentrés.”
Les pensées qui ouvrent la porte de la retraite et permettent d’y demeurer le temps prévu sont les Quatre Pensées Incommensurables : Amour – Compassion – Joie – Équanimité. Prendre l’habitude de les méditer crée en vous une attitude conforme aux instructions du Bouddha.

L’entrée en retraite commence à l’instant où l’on ferme les portes des distractions, de la paresse et du découragement. À partir de cet instant, s’appliquer à pratiquer les trois forces que sont : le Refuge – le regret et la détermination dans l’engagement de la transformation de soi.

Déroulement des journées
• 6h30 : première session.
• 11h30 : deuxième session.
• 15h30 : troisième session.
• 18h30 : quatrième session.
La soirée sera consacrée à la lecture de textes du Dharma et à la méditation sans objet.

Pour les personnes disposant du temps et de l’énergie nécessaires, une cinquième ­session est très conseillée dans la soirée, par exemple à 21h30 sur la méditation de Tchenrézi dédiée aux personnes malades et aux défunts.

Les horaires peuvent être réaménagés suivant les possibilités et le temps de chaque session est laissé à la bonne conscience de chacun.

Puisse l’esprit d’Éveil, naître là où il n’est pas né
Ne pas diminuer là où il est apparu
Mais s’accroître de plus en plus
Puisse l’excellente vertu s’accroître
Puisse tout être favorable
OM AH HUM

Retour