Pè,re & Moniale

Interreligieux

en Cappadoce à Chökhor Ling à Patmos de Chökhor Ling

Le bouddhisme et Dieu

par la Moniale Davina Gelek Drölkar

En son temps Jésus présenta Dieu comme son Père céleste initiant le grand créateur de toutes choses, père de tous les hommes. En un autre temps, le Bouddha transmit sa sagesse infinie sur la base immuable des principes jumeaux de vacuité et de compassion équanime. Aucune image, aucun symbole et surtout aucun mot n’ont la capacité d’exposer la réalité divine par la compréhension intellectuelle de l’amour et de la vacuité. Seule l’expérience contemplative du cœur sacré uni à l’âme du pèlerin de lumière rend possible le dépassement des oppositions et des conflits résultant de l’appropriation des croyances.

J’ai rencontré Dieu par amour parce que j’en ai tout de suite aimé profondément l’idée et parce que cette idée aussi peu concrète soit-elle ne m’a jamais failli. Tout au long de mon existence, je peux le clamer haut et fort, dans les bons comme dans les plus douloureux moments, Dieu ne m’a jamais laissé tomber. De mon enfance chrétienne où j’étudiais avec passion la vie de Jésus, j’ai gardé l’irrésistible élan qui, comme un appel, m’a poussée plus tard à prendre des vœux monastiques dans le bouddhisme, moi qui souhaitais devenir religieuse catholique. Voilà qui peut paraître paradoxal, il n’en est rien en ce qui me concerne, car je suis convaincue que toutes les essences religieuses se trouvent rassemblées dans l’unité qui les sous-tend.

J’ai très tôt compris Dieu au-delà des concepts qui ne peuvent que le priver de ses ultimes qualités, l’enfermant comme nos esprits dans une geôle d’arrogantes chimères. Tenter d’expliquer Dieu c’est aussitôt s’en éloigner, c’est pourquoi le sens de vacuité lui va si bien. En revanche, existe un état de grâce parfaitement accessible à tous, dans lequel Dieu se rend bel et bien vivant en dévoilant sa subtile expression : l’amour. N’est-ce pas de cet amour sans conditions dont il est question tout au long des sûtras, des tantras et des Évangiles ? N’est-ce pas ce seul et unique flambeau porteur de joie et de bonheur sans pareils, qui soit capable de sécher les larmes d’un monde en souffrance avec lui-même ? La source de la délivrance ne se trouve-t-elle pas dans la part divine logée au fond de chaque être ?

La réponse appartient à qui la cherche vraiment en s’employant à arracher les racines du malheur entretenues par les doutes, la peur et la sécheresse du cœur. Peu importent les choix spirituels, les croyances divergentes, les rites étrangers, Dieu ne demande pas à être appelé Dieu. Dépourvu d’identité individuelle, le “Il” se fond dans tout ce qui est.

Je sais Dieu dans l’espace invisible et présent, je le vois dans les êtres, les choses et les éléments, je l’entends dans la chanson du vent, le claquement d’ailes des oiseaux, le murmure du temps.

Je le sens dans l’étreinte des gens qui s’aiment, je le goûte dans la caresse du souvenir des disparus tout autant que dans la présence des vivants.

Dieu est tout ce qui est, qui n’est plus, qui sera à jamais. Il n’est rien qui ne puisse exister immuablement que l’amour infini, inconditionnel. La vie elle-même n’est autre que l’expérience de cet amour incommensurable que rien ni personne et surtout pas les guerres de religions ne parviendront à détruire.

J’aime à n’en plus finir l’amour qui est cet autre nom de Dieu et en lequel je crois.

 

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